Lullaby

Publié le par ChrisTais


Lullaby est le premier texte original de BlackNemesis et qui a pour thème l'enfance. C'est une histoire qui m'a beaucoup touchée et que j'ai donc eu envie d'illustrer.  A la base, ce txte est un cadeau d'anniversaire pour Myschka.

                                                 *-*-*-*-*-*-*-*-*-*-*-*-*-*-*-*-*-*-*-*-*-*-*-*-*-*-*-*-*-*-*-*

LULLABY

 

La chambre ressemble à toutes les autres chambres d’enfants un peu trop gâtés. Les quatre murs sont recouverts de papier peint à l’effigie du Roi Lion mais Aimeric considère à présent que le « Roi Lion », c’est pour les bébés.

 

Même s’il regarde ce film d’animation au moins une fois par mois, il estime qu’à sept ans, il lui faut une tapisserie de grand, quelque chose de plus glorieux. Cela fait un mois qu’il insiste auprès de ses parents et il sait que bientôt, ils sillonneront la ville à la recherche d’un papier peint sur lequel de preuxs chevaliers seront prêts à veiller sur le sommeil de leur fils adoré.

Et s’ils ne trouvent pas, ils se rabattront sur les figurines ou les livres. Peut être que tante Isobel, pour lui faire plaisir, acceptera de dessiner les chevaliers sur son mur, comme elle l’a fait dans sa propre chambre avec le monde de « Kirikou et la Sorcière ».

 

Tante Isobel, c’est sa préférée. C’est la sœur de la maman d’Aimeric, une artiste dans l’âme si on en croit sa mémé Linette. Elle dessine constamment. Aimeric voudrait être comme elle plus tard. Parce qu’elle est belle. Et puis elle est gentille, elle rit tout le temps. Elle a des tas d’amis, tous des grands qui plaisantent toujours avec lui. Il adore sa tante Isobel mais il est amoureux de Monica, sa voisine.

 

Ils sont dans la même classe et en dehors de l’école, ils jouent souvent ensemble. Ses parents plaisantent sans arrêt en disant que lorsqu’ils seront adultes, Monica et Aimeric se marieront. L’idée ne déplait pas au petit garçon. Il aime passer du temps avec elle.

En plus, elle en connaît un rayon sur les chevaliers. C’est elle qui lui a donné envie d’avoir un papier peint à leur effigie. Par contre, elle veut toujours l’inciter à jouer à la Barbie avec elle et ça n’amuse pas Aimeric parce qu’il a du mal à inventer des histoires intéressantes mettant en scène la poupée blonde et son Ken. Il le fait quand même, pour faire plaisir à Monica, mais il coupe vite court en général. Une fois qu’il a fait s’extasier Ken sur la beauté de la robe de Barbie, il demande à changer de jeu. Monica soupire, elle se plaint des garçons qui ne savent que se taper dessus mais elle est ravie de commencer à compter, le temps qu’Aimeric se cache.

 

Lorsqu’il fait beau, ils restent dehors pendant des heures. Ils construisent des châteaux dans le bac à sable, ils pataugent dans la petite piscine autoportante (sa mère lui interdit formellement de rester seul dans l’eau, « il faut toujours se baigner sous la surveillance d’un adulte » répète-t-elle), ils font des batailles de feuilles mortes en automne et des bonhommes de neige en hiver.

 

En général, tout le monde aime Aimeric. Le contraire serait surprenant car c’est un garçon poli, intelligent mais aussi très facétieux. Lorsqu’il a décidé de vous faire des blagues, attendez vous à voir toute l’étendue de son imagination. En classe, il est bon élève, il participe bien, ses notes ne se situent jamais en dessous de quinze sur vingt. Et dans la cour de récréation, c’est souvent lui qui décide des scénarii de leurs jeux de rôle. Si vous le rencontrez un jour, vous verrez très vite que c’est un leader naturel, il ne cherche jamais à s’imposer, les autres se tournent simplement vers lui, en quête de son avis, de ses idées, de son approbation.

 

Il y a un chevalier qui vit en lui et il n’hésitera pas à défendre les plus petits ou les plus faibles lorsqu’ils sont pourchassés par les teignes de l’école. Pourtant, teigne, Aimeric le devient lorsqu’il s’agit d’obtenir ce qu’il veut.

 

Ce n’est pas de sa faute, il ne sait pas, ses parents n’ont jamais su lui dire non. Alors dès qu’il désire un jouet, un vêtement ou quoi que ce soit d’autre, il le demande gentiment. Si ses parents refusent, il met en place le plan A, qui consiste à se renfermer et à leur lancer des regards courroucés. Si le plan A ne fonctionne pas, il passe au plan B, les larmes qui brouillent son regard de petit chien battu. Il est rarissime qu’il en arrive à sortir l’artillerie lourde, le plan C, le « je vous aime plus » parce que ses parents cèdent avant. C’est souvent son père qui craque le premier. Si son petit roi se sent mieux avec un lecteur DVD dans sa chambre, qui est-il pour le priver de cette joie ?

 

Sa mère fait les gros yeux mais lorsqu’ils passent à la caisse, c’est elle qui constate que son fils chéri semble avoir envie des chewing-gums exposés en amont du tapis roulant et elle les achète.

 

Il n’est donc pas étonnant que sa chambre soit saturée d’objets en tout genre. Quelquefois, lorsqu’il ne range pas ses affaires, ses parents se fâchent et menacent de tout mettre dans des sacs pour les donner aux enfants qui n’ont pas de jouets. Aimeric s’en fiche parce que pour lui, personne ne peut en manquer. Les enfants qui n’ont rien, ça n’existe pas dans sa tête, c’est inconcevable. Exactement comme lorsqu’on lui dit que des gens meurent de faim. Il ne peut pas se représenter une telle misère, parce que, où qu’il aille, il y a de la nourriture en quantité abondante.

 

Il sait qu’il y a un pays, l’Afrique, où des enfants décèdent à cause de la malnutrition, il a vu les images à la télé un soir. Mais pour lui, la résolution du problème est extrêmement simple, tellement simple qu’il se demande pourquoi les adultes n’y ont pas pensé plus tôt : puisqu’on a trop de nourriture, on n’a qu’à en donner à ceux qui n’en ont pas. Point barre.

 

Lorsqu’il a expliqué sa conception des choses à son père, ce dernier l’a pris dans ses bras et, contre son oreille, il a soufflé : « Ne change jamais, bonhomme, et présente toi aux présidentielles. » Aimeric a acquiescé mais à l’époque, il n’avait pas compris ce que voulait dire son père.

 

Toujours est-il que les problèmes du monde n’entrent pas dans la chambre d’Aimeric.

 

Sa chambre ressemble à toutes les autres chambres d’enfants un peu trop gâtés. Sur un pan de mur s’étend une bibliothèque où trônent pêle-mêle des bandes dessinées, des livres pour enfants, des encyclopédies junior et, surtout, des figurines représentant ses héros préférés. Là se côtoient les personnages d’Astérix, de Superman, de Spiderman, de Star Wars et, bientôt, des chevaliers.

 

L’épaisse moquette bleue clair est le paradis des dinosaures, des voitures (il a même un garage qui fait sa fierté), et des Playmobils. Le petit garçon est un aficionado des Playmobils. Il a le bateau de pirates, le château fort, la ferme avec d’innombrables animaux, le bureau de poste et bien d’autres encore. Il possède un grand coffre dans lequel il les range, quand il y pense.

Cependant, ce coffre contient surtout les peluches qu’il adore mais qu’il a honte de montrer à ses copains lorsqu’ils viennent jouer chez lui.

 

Il a un bureau en bois qui croule sous les dessins. Il s’entraîne furieusement pour être aussi fort que sa tante Isobel mais il sait qu’il a encore beaucoup de travail à faire pour l’égaler un jour. Peut être que quand il sera vieux, à vingt ans, il y parviendra.

 

Il a une guitare à laquelle il ne touche jamais. Il l’a voulue. Il a insisté pour l’avoir et finalement son père lui en a offert une. Lorsqu’il s’est rendu compte qu’il n’arrivait pas à jouer une mélodie digne de ce nom, il a laissé tomber. Son père lui a expliqué qu’il fallait beaucoup s’entraîner et prendre des cours pour progresser mais Aimeric était plus motivé pour regarder la télévision que pour gratter les cordes de sa guitare.

 

Sa télévision se trouve sur une commode. Il l’allume au moins une heure par jour, pour regarder ses DVD. Quand Aimeric aime un film, il ne fait pas semblant. Il le passe et le repasse jusqu’à en connaître les répliques par cœur. Ça énerve sa tante Isobel mais ses parents disent qu’il fait travailler sa mémoire de cette manière. Ça fait soupirer Isobel mais elle n’insiste pas. Après tout, comme elle le remarque, ce n’est pas elle la mère d’Aimeric.

 

A côté de son lit, il y a un placard qui contient ses vêtements et, plus important, ses tenues de football. Il y joue deux fois par semaine dans un club ; l’entraîneur est un ami de son père qu’Aimeric vénère comme un dieu vivant. Ce placard contient aussi les trésors du petit garçon : des maillots, des écharpes, un bonnet et des fanions de l’Olympique Lyonnais.

 

C’est son équipe préférée, ce qui fait grincer les dents de son père parce que son père aime Bordeaux. Mais pour Aimeric, les lyonnais sont les meilleurs du monde et il rêve de rencontrer Gregory Coupet, Eric Abidal ou Juninho…Pour être honnête, il voudrait rencontrer tous les joueurs de l’équipe et faire un match avec eux. Quand il y pense, son imagination se déchaîne et il se voit félicité par tous les représentants de l’OL. Ils lui demandent de rejoindre l’équipe et, bien entendu, Aimeric accepte sous les yeux admiratifs de ses parents et de ses amis.

 

Ce placard, c’est son île aux trésors. Il joue beaucoup avec ses jouets, il invente des tonnes d’histoires mais c’est le contenu de ce placard qui fait littéralement décoller son imagination. Il trouve le réconfort et l’évasion en tenant dans ses mains son tee-shirt floqué du nom de Gregory Coupet.

 

Certains enfants ont peur des monstres. Ils croient qu’ils se tapissent dans l’ombre, sous le lit ou dans le placard. Ils sont terrorisés à l’idée que des créatures non humaines viennent les dévorer pendant leur sommeil.

 

D’aussi loin qu’il se souvienne, Aimeric n’a jamais craint d’être agressé par un quelconque personnage imaginaire. Il sait que dans son placard, il n’y a rien d’autre que des vêtements et ses rêves de football. Sous son lit, c’est le royaume de ses jeux de société. Ça ne fait pas de mal un jeu de société, ça n’engloutit pas les enfants. Toutes ces créatures sanguinaires, comme le loup garou n’existent pas, son père le lui a promis et Aimeric le croit. Ce ne sont que des histoires inventées par les adultes pour faire peur aux enfants, une façon pour les parents d’obliger les petits à se tenir tranquilles.

 

Rien de meurtrier ou de terrifiant ne peut provenir de l’intérieur de sa chambre. C’est une chambre qui ressemble à toutes les autres chambres d’enfants un peu trop gâtés, la chambre d’un enfant comme les autres.

 

Pour lui, il n’y a pas de monstre caché dans le placard, ou sous son lit. Pour Aimeric, le monstre surgit lorsque sa mère est à son cours de gymnastique du soir. Il s’assoit sur le lit et ses mains tentaculaires touchent le petit garçon. Dans la journée, ce monstre de chair et de sang a un nom. Il s’appelle Papa.

 

Fin.

 

 

THE CURE - "Lullaby"

 

On candystripe legs the spiderman comes
Softly through the shadow of the evening sun
Stealing past the windows of the blissfully dead
Looking for the victim shivering in bed
Searching out fear in the gathering gloom and
Suddenly!
A movement in the corner of the room!
And there is nothing I can do
When I realise with fright
That the spiderman is having me for dinner tonight!

 

 

Quietly he laughs and shaking his head
Creeps closer now
Closer to the foot of the bed
And softer than shadow and quicker than flies
His arms are all around me and his tongue in my eyes
"Be still be calm be quiet now my precious boy
Don't struggle like that or I will only love you more
For it's much too late to get away or turn on the light
The spiderman is having you for dinner tonight"

And I feel like I'm being eaten
By a thousand million shivering furry holes
And I know that in the morning I will wake up
In the shivering cold

And the spiderman is always hungry...

 *************

La chanson ne m'appartient pas, elle n'est qu'à The Cure.  ²



Texte de BlackNemesis et dessin par ChrisTaïs

Commenter cet article